DAME EST MORT SUR L’AUTEL DE L’IRRESPONSABILITE

Dame

Aout 1996, sous un soleil de plomb dans un des banlieux de Dakar, j’étais allé rendre visite à un de mes amis quand je tombai sur une scène irréelle sortie tout droit du fameux roman d’Alex Haley: Roots.

On n’était pas en 1767 en Amérique du Nord dans une plantation de coton mais bien à Dakar la capitale du Sénégal à quatre années de l’année phare l’an 2000.

Je m’arrêtai net sur une image qui hanta mon sommeil des années durant. Un jeune talibé chétif a peine huit berges sonnés était attaché comme un animal sur un long bâton a l’aide d’une corde qui disparaissait dans le peu de chair de ses membres, le jeune talibé lançait des cris perçants de douleur et ressemblait à une bête agonisante sous le regard quelque fois amusé des passants alors qu’un vieux maure avec une  longue barbe blanche vêtu d’un grand boubou fouettait la pauvre âme, insensible à ses cris de souffrance.

Incrédule je n’en croyais pas mes yeux et mon sang bouilla dans mes veines, j’avais depassé à peine mes vingt ans mais j’abhorrais dès ma tendre enfance l’injustice et la violence. Je m’avançai vers le vieil homme et saisit sa main qui tenait le fouet prêt a s’abattre sur sa pauvre victime et déchiqueter sa chair une fois de plus.

Le maure incrédule me lança un regard incandescent et murmura quelques mots en arabe alors que j’arrachai le fouet de ses mains et lui signifia qu’il n’avait pas le droit de torturer le petit enfant et qu’il allait arrêter de le battre ou bien qu’on allait au poste de police le plus proche. A regret le tortionnaire s’exécuta alors qu’une foule de badauds nous entoura, certains ayant l’indécence de défendre le maure en disant qu’il avait bien fait de corriger le talibé pour lui donner une bonne éducation.

Inébranlable je récitai la sourate Al Maun (l’ustensile sourate 107) sous le regard médusé d’une foule qui ne comprenait mot de ma récitation:

“ Vois-tu celui qui traite de mensonge la Rétribution? C’est bien lui qui repousse l’orphelin, et qui n’encourage point à nourrir le pauvre. Malheur donc, à ceux qui prient tout en négligeant (et retardant) leur Salat, qui sont pleins d’ostentation,

et refusent d’aider celui qui est en détresse.”

Le vieil homme me scruta de haut en bas s’interrogeant sans doute de mon identité. Je lançai avec une détermination désarmante aux personnes âgées défendant le vieil homme qui maltraitait le pauvre enfant:

Nulle part dans le livre saint il est  écrit de maltraiter les enfants pour leur apprendre le saint coran et que les pauvres, les enfants et les orphelins devaient être protégés selon le Coran.

Les pauvres gus comme beaucoup dans mon Djoloff natal qui mémorisaient les versets saints sans connaitre la traduction et le sens des mots qu’ils avaient répété des années durant furent en extase un bref moment en face d’un des leurs qui connaissait le sens des versets du Coran et se disaient sans doute que j’étais un érudit…

Vingt ans plutard ces pratiques barbariques d’autres temps sont toujours monnaie courante au Sénégal et ont occasionné la mort d’un innocent enfant dont les cris de détresse et de secours auprès de son patriarche ont été ignorés.

Oui Dame Dieng est mort, mort sans défense livré au bourreau du Daara qui continue sa sale besogne d’exploiter de pauvres petites âmes comme une mafia sicilienne. Dame est mort son innocence arrachée à bas âge, Dame n’a pas eu la chance d’être un enfant, être insouciant et jouer avec ses pairs dans les rues sablonneuses de Dakar. Dame est parti, sa vie écourtée par un bourreau sensé lui apprendre l’école de la vie et les mots sacrés du Coran, les versets saints qui enjoignent de le protéger…

Dame a crié à l’aide de toute son âme et son petit corps frêle déchiqueté par les coups de cravache réguliers de son tortionnaire de maître, mais ses cris de détresse ont été ignoré par une société égoïste et païenne qui voit en tous ces Dames en haillons pullulant les rues de Dakar une aubaine pour délivrer l’incongru “Sarakh” d’un marabout illusionniste sensé leur apporter la fortune. Dame est mort ignoré par son propre père celui la même qui lui a donné vie et qui est supposé le protéger au péril de sa vie, oui Dame a été sacrifié l’autel de l’irresponsabilité et de l’exploitation …

Ce soir quand tu croiseras un autre Dame en haillons la main tendue récitant : “ Allahu Rabil Alamin “ (Allah le Pourvoyeur de l’univers), remets toi en question avant de lui remettre cet aumône calculé. Demandes toi si tu crois vraiment que Dieu le Tout Puissant est le véritable Pourvoyeur ou ton marabout illusionniste féticheur… Demandes toi ce que tu pourrais faire pour améliorer le sort de ce Dame qui n’a sans doute pas mangé pendant toute la journée. Qu’aurais tu fais si ce Dame en haillons était ton propre fils ? Rappelles toi de l’histoire de cette prostituée qui entra au paradis juste pour avoir donné à boire à un chien assoiffé. Donnes pour la face de Dieu, rien que pour la face de Dieu…

Notre responsabilité à tous est engagé pour améliorer le sort de ces enfants de la rue, en premier lieu les parents qui envoient leur progéniture dans les daaras pour les laisser à leur sort et ne jamais s’enquérir de leur situation , fuyant leur responsabilité de parents, aux maitres coraniques censés éduquer ces jeunes bouts de bois de Dieu qui finissent par les exploiter pour leur propre intérêt matériel et pécuniaire, à la société en général qui se soucie peu du sort de ces pauvres enfants perdus dans un monde cruel et froid et en dernier lieu à l’état sénégalais qui se doit de régulariser les daaras et leur apporter un soutien financier pour que ces écoles traditionnelles puissent subsister.

 

Que Dieu le Très Puissant protège tous les Dames du Sénégal et insuffle dans nos cœurs une pitié sincère pour prendre soin de ces petits

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